De la maison de campagne au Centre culturel international...

En 1905, les lois Combes contraignirent les religieuses de la Sainte-Famille à l’exil et Jules Goüin, président la Société de Construction des Batignolles, acquit le vieux monastère dont il fit une résidence de campagne tout en continuant à restaurer les vastes bâtiments.
En décembre 1914, son fils Edouard Goüin mit les bâtiments abbatiaux, dont il avait hérité en 1908, à la disposition d’un corps médical exclusivement féminin, venu d’Ecosse pour ouvrir à Royaumont un hôpital de cent lits, sous l’égide de la Croix-Rouge française. Elles transformèrent en quelques mois les bâtiments désertés, sans eau ni électricité, en une unité de soins dont la qualité et l’équipement furent reconnus et appréciés des autorités françaises. Dès le mois de juin 1915, le Scottish Women’s Hospital accueillait plus de 400 blessés et il fut, après le transfert en 1918 des blessés soignés à Villers-Cotterêts, le plus grand hôpital « britannique » en France, avec une capacité de six cents lits. Entre janvier 1915 et mars 1919, 10 861 blessés, dont 8752 soldats, ont été soignés par les « Dames de Royaumont ».

Dans les années 30, la propriété familiale était passée sous la responsabilité de son petit-fils, Henry Goüin. Celui-ci rêvait d’ouvrir l'abbaye aux musiciens, peintres, écrivains, philosophes, …, pour « leur permettre ainsi de profiter, ne serait-ce que quelques jours, de l’atmosphère enrichissante du vieux monastère ». Avec son épouse, Isabel Goüin-Lang, il organisa une série de concerts publics en 1936 et 1937 puis inaugura, le 15 mai 1938, le Foyer de Royaumont, lieu de travail et de repos pour artistes et intellectuels. Mais la guerre interrompit brutalement cette première tentative.
En 1947 le Centre culturel international de Royaumont, dirigé par Gilbert Gadoffre, rouvrit ses portes. L’abbaye devint alors l’un « de ces lieux de rencontre où l’esprit et l’intelligence [sont] seuls pris en considération, nonobstant les différences de nationalité, de situation sociale, de discipline politique ou religieuse » comme le dira plus tard Henry Goüin.
Pour pérenniser leur initiative, Henry et Isabel Goüin créèrent le 18 janvier 1964, une fondation d’utilité publique, la Fondation Royaumont (Goüin-Lang) pour le progrès des Sciences de l’Homme, dotée de la propriété du monument et d’un capital, et destinée à poursuivre l’activité artistique et intellectuelle au sein de l’abbaye. Royaumont, en effet, était alors devenu un lieu d’échanges important pour toute une génération d’intellectuels français et étrangers, dans le domaine des sciences humaines et de la musique.

En 1970, la Fondation Royaumont encouragea la première tentative européenne de coopération, dans un esprit résolument transdisciplinaire, entre les sciences de la nature et les sciences humaines. Cette démarche aboutit, en 1972, à la création du Centre Royaumont pour une Science de l’Homme, association internationale de chercheurs émérites, présidée par Jacques Monod (prix Nobel de médecine en 1965), qui cherchait à définir des articulations entre l’anthropologie et la biologie, pour une nouvelle « science de l’homme » qui intégrerait des connaissances encore éparses. Mais les années 70 s’annonçaient difficiles. En 1977, malgré le décès d’Henry Goüin survenu le 25 février, la Fondation Royaumont signa une convention avec le Conseil général du Val-d’Oise, désireux de sauvegarder un projet culturel global au sein du monument.

Redéfini dès 1978, élargi en 2000, le projet de Royaumont s’est sensiblement modifié au cours des années. Se déplaçant des sciences humaines vers un domaine résolument artistique, il donne aujourd’hui priorité à des programmes de recherche, d’expérimentation, de formation professionnelle et de création. Ses programmes centrés sur la musique et la danse s'adressent à des professionnels du monde entier, réunis par la pratique collective de leur art. La Fondation multiplie également les rencontres avec le public au travers des concerts de la Saison musicale, des Fenêtres sur cour[s], des colloques et rencontres, des ateliers de l'Abbaye aux enfants, de ses programmes concourant à l'insertion sociale par la culture, des tournées organisées « hors les murs », des publications.
Dans le même esprit, l'abbaye reçoit en séminaires résidentiels, journées d'étude, soirées événementielles... des entreprises, associations, collectivités publiques, organisations internationales, au premier rang desquelles ses mécènes et subventionneurs.

De nombreux documents ont ainsi été naturellement conservés à Royaumont, depuis un siècle, en « strates » successives, au fur et à mesure que se développait et s’organisait une activité continue dans ses bâtiments. La plus grande partie de ces archives est constituée de documents papier, issus des activités administratives et culturelles produites à Royaumont, et de format standard (A4 et A3) ; toutefois, quelques documents diffèrent dans leur forme et leurs supports (nous conservons également des archives iconographiques, photographiques, des archives audiovisuelles, numériques, des revues de presse, des objets dérivés...).
Un travail de classement, de reconditionnement, de tri et d'élimination a été entrepris et différents inventaires, par fonds, ont été réalisés ou sont en cours de réalisation.