La bibliothèque de Saint Louis

La bibliothèque « historique »

L’organisation des études dans les monastères cisterciens, au XIIe siècle, est également très mal connue. Le statut de 1134 indique que le seul enseignement autorisé dans les monastères était destiné aux novices, et n’évoque pas l’existence d’écoles organisées. Il semble toutefois que les cisterciens aient voulu adapter les structures de leur ordre pour bénéficier du renouveau des études théologiques de l’Université de Paris et, le 12 septembre 1245, le chapitre général décida de permettre à tous les abbés de créer un « studium theologiae » dans leur monastère, afin qu’il en existât au moins un par province. Il leur permettait également d’envoyer leurs moines étudier au studium parisien à condition de pourvoir à leur entretien. Il semble que, dès 1246, l’abbé de Royaumont mette tout en œuvre lui aussi, pour se doter d’un studium abbatial qui allait être confié à un dominicain, Vincent de Beauvais, « lector » à l’abbaye et précepteur des enfants royaux.

Il est probable que l’abbaye ne possédait que peu de livres en ces débuts. En revanche, Saint Louis fut sans doute le premier roi soucieux de constituer une bibliothèque privée, qui se constituait de plusieurs ensembles distincts :
• les livres liturgiques, appartenant à une chapelle royale ou à une église bénéficiant d’un patronage royal, et appartenant à la famille du roi,
• des livres d’enseignement et d’édification morale, destinés aux enfants royaux,
• une bibliothèque patristique, créée par Louis IX à son retour de croisade en 1254, pour son propre usage et celui des érudits qui l’entouraient, à laquelle Vincent de Beauvais, eut probablement accès alors qu’il rassemblait les matériaux nécessaires à la rédaction de son « Speculum maius », monument encyclopédique du monde médiéval, peut-être en partie composé à Royaumont.

Cette dernière bibliothèque, conservée avec les archives du royaume, dans le trésor de la Sainte Chapelle, fut léguée par testament aux moines cisterciens de Royaumont, aux Jacobins et Cordeliers de Paris et aux Dominicains de Compiègne. Selon Robert Branner, si l’on en juge par les manuscrits subsistants, il s’agissait de livres d’étude plutôt que de livres de luxe, sans enluminures, bien écrits sur du parchemin fin, avec des initiales rouges et bleues à filigranes, davantage destinés au chercheur qu’au bibliophile.

De Saint Louis à la Révolution

L’état des recherches ne nous permet pas d’imaginer comment survécut cette bibliothèque royale, déposée dans un monastère jadis florissant mais qui, dès le XVe siècle, perdit son lustre, en même temps que ses occupants, dont le nombre ne dépassa plus jamais 25, entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle.
Deux bénédictins, Dom Martène et Dom Durand, savants, membres de la congrégation de Saint Maur, visitèrent Royaumont en 1713. Chargés, depuis 1708, de se rendre dans tous les monastères français pour y consulter les archives et recueillir les matériaux nécessaires à la rédaction d’un nouveau « Gallia Christiana », ils eurent accès à la bibliothèque de l’abbaye, dont ils livrèrent une description désenchantée : « On dit que Saint Louis laissa sa bibliothèque à Royaumont et aux Cordeliers. On y trouve effectivement quelques manuscrits qui viennent de ce saint roi ; mais aujourd’hui, il en reste très peu qui soient dignes de la libéralité de ce grand prince, car nous n’y vîmes que quelques ouvrages de saint Augustin, de saint Grégoire, de saint Thomas, la Somme d’Estienne archevêque de Cantorbéry et une histoire de la Maison de Laval, écrite par Pierre Lerzan, il y a environ deux cents ans ».
On peut supposer que les deux religieux n’ont pas approfondi leur inventaire… Celui que réaliseront les révolutionnaires quelques années plus tard révèlera une bibliothèque tout de même un peu mieux fournie, mais il apparaît toutefois que la bibliothèque de Royaumont n’impressionnait pas par sa richesse ou la rareté de ses ouvrages, à une époque où les monastères de taille moyenne (entre 7 et 14 moines) possédaient couramment entre 2000 et 5000 volumes.

Sources
Dom Edmond Martène et Dom Edmond Durand, Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint Maur, Paris, 1717-1724, 2 volumes
Robert Branner, « Saint Louis et l’enluminure parisienne au XIIIe siècle », dans Septième centenaire de la mort de saint Louis, actes des colloques de Royaumont et de Paris, 21-27 mai 1970, Paris,  Les Belles Lettres, 1976
Patricia Stirneman, « Les bibliothèques princières et privées aux XIIe et XIIIe siècles » ; Denise Bloch « La formation de la Bibliothèque du Roi », in Histoire des bibliothèques françaises, Tome 1, Promodis, 1989
Serge Lusignan et Monique Palmier Foucart (dir.), Lector et Compilator : Vincent de Beauvais, frère prêcheur un intellectuel et son milieu au XIIIe siècle, Grâne, Créaphis, 1997