Le retour à la vie religieuse


Après la mort de Joseph van der Mersch en 1862, le hameau de Royaumont se dépeupla et deux ans plus tard la fabrique, les logements ouvriers et les cottages furent vendus à une congrégation religieuse, les Oblats de Marie-Immaculée de Marseille.

Pour les nouveaux propriétaires, pétris d'idéal médiéval, il importait avant tout de redonner à l’abbaye-usine l’esprit, sinon l’aspect, du monastère de Saint Louis. Ils entreprirent, dès 1865, d’importants travaux pour relever les bâtiments et gommer les traces laissées par soixante-dix années d’occupation iconoclaste. Mais conformité historique et considérations archéologiques cédèrent souvent le pas devant les contraintes économiques et c'est avec les briques de la blanchisserie détruite que l'on réalisa les superbes voûtes néo-gothiques des salles restaurées !

En 1869, les Oblats revendirent l'abbaye à un ordre féminin placé sous leur tutelle, l’Association des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux, qui voulait y établir son noviciat général. Restaurations et aménagements se poursuivirent sous la direction de Louis Vernier, architecte autodidacte et fils d'un ancien ouvrier de la fabrique. Consultant les archives, réalisant des relevés et des restitutions des parties ruinées, ce dernier adopta une démarche plus authentique. Il n'en détruisit pas moins le vieil escalier Renaissance et les voûtes du chauffoir, pourtant épargnés par l’usine, afin de mieux répondre aux goûts des religieuses et aux besoins spécifiques des quatre sections qui composaient le noviciat. Vernier pourvut d'abord aux premières nécessités, équipant chaque étage de chambres, dortoirs, WC et salles d'eau alimentés en eau courante ; il y apporta quelque confort dans les années 1880 avec l’installation d’un réseau de calorifères et d’une salle « d'hydrothérapie ». Et dès 1899, il envisageait d’utiliser le réseau de canaux pour produire de l’électricité.

Les travaux n’étaient pas achevés en 1904, lorsque les lois anticléricales du gouvernement Waldeck-Rousseau contraignirent les religieuses à l’exil. Ils auront néanmoins déterminé, irréversiblement, la morphologie du monument tel que nous le connaissons actuellement.


La plus grande partie des archives concernant cette période est conservée dans la maison générale de l’Association des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux et, dans une moindre proportion,  dans celle des Oblats de Marie-Immaculée de Marseille, toutes deux situées à Rome. Dans le cadre des recherches entreprises entre 2005 et 2008 pour approfondir les connaissances sur l’histoire de Royaumont au XIXe siècle, ces fonds ont été étudiés et un inventaire détaillé a été réalisé (pour ce qui concerne Royaumont uniquement) des archives de l’Association des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux et des archives des Oblats de Marie-Immaculée de Marseille.
D’autre part, il se trouve dans les collections de la Fondation Royaumont de nombreuses archives de Louis Vernier témoignant notamment des travaux de restauration et des transformations apportées à l’édifice (plans, carnets de travail, etc.) ainsi qu’un ensemble remarquable de photographies prises, sans doute, peu de temps avant le départ des religieuses.
De nombreuses archives concernant cette période, jusqu'alors inédites, ont été publiées dans un ouvrage collectif, Royaumont au XIXe siècle, les métamorphoses d'une abbaye, paru en 2008 aux éditions Créaphis.