Royaumont au temps des frères Travanet

Lorsqu'en novembre 1789 le domaine de Royaumont fut déclaré « bien national », seuls dix moines habitaient encore l'abbaye. Ils avaient déserté leurs dortoir, cuisine et réfectoire vétustes et surdimensionnés, au profit de petites pièces plus confortables et louaient leurs terres et leurs dépendances à une poignée de fermiers et de meuniers. C'est pourtant le volume et la configuration de ces bâtiments, encore solides en dépit de leur ancienneté, qui allaient attirer l'attention du citoyen Travanet, ancien marquis et seigneur de Viarmes. Homme d'affaires avisé, celui-ci acquit la totalité du domaine lors de sa vente aux enchères, le 31 mai 1791, et fit immédiatement réaliser d'importants travaux dans l'abbaye pour la reconvertir en filature de coton. Incarcéré durant neuf mois il reprit, dès le mois d’août 1794, la direction de la manufacture de Royaumont où il mourut en 1795. Son frère cadet, Pierre Nicolas Joseph, hérita de ses biens et de l’usine mais, malgré l’aide de son beau-frère Henry Sébastien Gand, il ne put empêcher le déclin de la filature qui périclita durant près de 4 ans et ferma, suite à son décès, en 1812.

Les archives de Royaumont possèdent un ensemble intéressant d’actes notariés - achetés en 1965 à un particulier par Henry Goüin, fondateur et président de la Fondation Royaumont - qui témoigne de cette période industrielle ( inventaire des actes Travanet ).
Les archives départementales du Val-d'Oise et des Yvelines, ainsi que les Archives Nationales, conservent des documents témoignant de l’activité industrielle mise en place dans l’ancienne abbaye.

Royaumont au temps de Joseph van der Mersch et du marquis de Bellissen

En 1815, l’usine fut rachetée par Joseph van der Mersch, un industriel belge qui développa surtout le blanchiment des étoffes et adapta à nouveau les bâtiments pour diversifier son activité textile. En plus de l’église, de l’abbaye et du palais abbatial, le domaine comprenait plusieurs corps de logis, fermes et dépendances auxquels le premier propriétaire avait ajouté, en 1792, une quarantaine de maisons. Artisans, ouvriers, directeurs, patrons et leurs familles se répartissaient dans ces différents bâtiments qui formaient un village, à l’écart de la commune d’Asnières-sur-Oise.
Dans les années 1820, notables locaux et hommes d’affaires parisiens commencèrent à fréquenter le hameau de Royaumont, pour la société cosmopolite et libérale des van der Mersch ou des parties de chasse dans les forêts environnantes. En 1832, la baisse de l'activité contraignit Joseph van der Mersch à vendre une partie de sa propriété. C'est un aristocrate du Faubourg Saint-Germain, le marquis de Bellissen, qui racheta l'ancien palais abbatial dont il fit sa résidence secondaire. Le Tout-Paris se rendit alors dans le village où se monta même un petit théâtre qui donna sa première représentation en 1834 devant un public d’élégants triés sur le volet. Dans les années 1840, les ateliers de tissage désaffectés furent transformés en « cottages » et mis en location. L'arrivée du chemin de fer dans la commune voisine de Boran, en 1846, facilita cette reconversion et des hôtes plus familiers vinrent désormais en villégiature à Royaumont. En effet, en dépit de son usage industriel, l’ancien monastère attirait les amateurs de ruines romantiques et champêtres.
En 1853, l'usine fut louée à une entreprise parisienne, De la Morinière et Cie, spécialisée dans l’impression sur étoffes. Filature et blanchisserie furent alors définitivement abandonnés et des graveurs sur bois, imprimeurs et coloristes prirent possession des lieux, s'installant jusque dans les greniers et les galeries du cloître.
La fermeture de l'usine en 1859, puis la mort de Joseph van der Mersch en 1862, dépeupla le village. Deux ans plus tard la fabrique, les logements ouvriers et les cottages furent vendus à une congrégation religieuse, les Oblats de Marie-Immaculée de Marseille.

Les archives de Royaumont possèdent également une série d’actes notariés, provenant de l'ensemble acheté en 1965, qui renseignent sur cette seconde époque industrielle ( inventaire des actes van der Mersch et Bellissen ).
Les archives départementales du Val-d'Oise et des Yvelines, ainsi que les Archives Nationales, conservent des documents témoignant de l’activité de la manufacture de Royaumont.
Enfin, un ensemble important d’archives privées (correspondances, dessins, ...) se trouve encore conservé chez des descendants de la famille van der Mersch.
Ces archives ont été partiellement publiées, avec un grand nombre d'autres documents jusqu'alors inédits, dans un ouvrage collectif, Royaumont au XIXe siècle, les métamorphoses d'une abbaye, paru en 2008 aux éditions Créaphis.