Les archives monastiques

Il est curieux de constater que, malgré l’intérêt historique du site et l’importance des bâtiments encore en place, l’histoire de l’abbaye de Royaumont reste en grande partie à écrire. Peut-être faut-il en voir la raison dans le fait que les sources sont éparses et parfois non localisées. Lorsqu’elles existent encore…

En effet, selon l’abbé Duclos, auteur d’une incontournable histoire de Royaumont, une grande partie des archives du monastère fut perdue dans un incendie qui embrasa la charpente de l’église, le 26 avril 1760, avant de se propager au reste des bâtiments.
A deux heures du matin, le clocher et tout le comble de l’église de Royaumont furent entièrement consumés par le feu du ciel ; il n’y eut d’épargné que la partie la plus voisine de l’orgue qui comprenait environ 10 à 12 toises de longueur. Le dommage fut considérable […]. L’incendie gagna quelques autres parties du monastère, puisque c’est par suite de cet incendie que beaucoup d’archives et de titres, concernant Royaumont, furent égarés ou détruits. (« Histoire de Royaumont, sa fondation par Saint Louis et son influence sur la France », Paris : Douniol, 1867, tome 2, p. 411).
Selon notre historiographe, cet incendie inspira des précautions, en vue de nouvelles éventualités. On confectionna et rédigea un inventaire des titres de la Manse conventuelle de l’abbaye de Royaumont, par ordre du R. P. dom Abel Bolle, prieur. Cet inventaire, commencé après l’incendie de l’église […] par le sieur Labé, fut continué et parachevé par le sieur Bernard Bonhomme Devarenne, archiviste, secrétaire de l’intendance au département de Bray-sur-Seine, y demeurant, et échevin de ladite ville ; on chargea ensuite Louis-Barthélémi Gasche, demeurant à la Croix-en-Brie, de le transcrire. On le terminait au mois de septembre 1763. Cet inventaire forme un immense volume in-folio, d’environ 600 pages […]. Vers cette même année 1763, on mit aussi la main à la rédaction d’un immense volume in-folio, manuscrit, intitulé : Inventaire de la manse abbatiale de Royaumont, Extraits des titres échus du 1er et 3me lot, suivant le partage fait le 29 décembre 1702. Cet inventaire forme un volume de 300 pages […]. Le prieur de l’abbaye faisait dresser en même temps un nouveau cartulaire de Royaumont, abrégé du grand cartulaire, consistant en un grand volume manuscrit in-4°, pour l’utilité de ceux qui ne voudraient point recourir aux originaux. (op. cit. pp. 416-417).
Une autre source, évoquant les reliques déposées par Saint Louis à Royaumont, indique que les archives du monastère n'existent plus ; elles ont été brûlées par les Calvinistes. Ce fait fut mandé à l'auteur anglais par le prieur de Royaumont, dans une lettre de l'année 1762. (A. Butler et J.-F. Godescard, « Vie des pères, martyrs et autres principaux saints », 1836 ; pp. 440-441).

Feu du ciel ou feu des hommes, il semble donc malheureusement acquis que les archives des moines de Royaumont se trouvaient déjà fortement diminuées lorsque, le 31 mai 1791, le domaine de Royaumont devenu « bien national » fut vendu aux enchères. Le 22 juillet de la même année, le Comité d’administration ecclésiastique et d’aliénation des biens nationaux désigna un expert afin d’évaluer l’importance des mausolées, des livres, cloches et ornements d’église qui étaient restés à Royaumont et dont le nouveau propriétaire, le citoyen Travanet, ancien marquis et seigneur de Viarmes, exigeait le déplacement rapide. Il s’agissait de Dom Poirier, membre de l’Académie des Belles Lettres et éminent bibliothécaire de l’abbaye de Saint-Germain des Prés sous l’Ancien régime. Il n’eut pas, hélas, la possibilité de voir les archives restées à l’abbaye, ainsi qu’il le raconta à la suite de son inspection du 13 août 1791 :
Vous m'aviez autorisé, Messieurs, à profiter de l'occasion de ce voyage pour examiner les archives et la bibliothèque de Royaumont. Quant aux archives, l'absence de Dom Canonne ci-devant procureur de cette maison et constitué gardien, a fait encore appréhender à MM. de la municipalité à Asnières de grands inconvénients à lever les scellés. Ils craignent d'être compromis, et qu'en cas qu'il se trouve quelques pièces de manque on ne les en rende responsables. M.Chastelus, président du district de Gonesse et moi avons cru ne devoir pas forcer leur forte répugnance, d'autant plus qu'ils m'ont communiqué l'inventaire de ces archives fait l'année dernière par là municipalité, ce qui m'a suffi, avec ma notice des titres de Royaumont, du recueil de Gaignières, pour prendre une première connaissance de ce chartrier. On en aura une plus détaillée, lorsque les archives seront transportées au district de Gonesse. Cela sera d'autant plus facile qu'il y a un inventaire en 2 volumes fait en 1763, et que d'après celui de la municipalité, il parait que les titres sont en fort bon ordre. (Cité dans la « Revue de l’art français ancien et moderne », 1901).

Ces archives sont désormais conservées aux archives départementales du Val-d’Oise et des Yvelines, à la Bibliothèque nationale de France, et aux Archives Nationales.

A la fin des années 80, la Fondation Royaumont a confié à deux historiens une mission d'étude sur l’histoire de l’abbaye. Christine Lapostolle a réalisé dans ce cadre, en 1987, une liste des sources documentaires concernant Royaumont, complétée deux ans plus tard par un « état des archives de l'abbaye de Royaumont » par Jean-Christian Poutier.